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Interview de Gilbert Gallerne

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Gilbert Gallerne
Il est des écrivains qui vous marquent. De ceux que vous lisez un jour et que vous suivez toujours. Pourtant ils ne sont pas de ceux qui courent les plateaux, pas de ceux qui sont sans cesse dans la lumière, mais qui exercent leur art, tous les jours.

 

Au pays des ombres Gilbert Gallerne livre KindleJ’ai croisé le chemin livresque de Gilbert Gallerne avec Teddy est revenu, le premier roman que j’ai lu de l’auteur. J’aime sa plume, j’aime sa vision qu’il a de l’écriture et que j’ai apprise dans « Je suis un écrivain ».

Gilbert Gallerne est un écrivain français, principalement de roman policier. Il oeuvre depuis de nombreuses années et on lui doit de nombreux romans, citons simplement « Teddy est revenu » et « Au pays des ombres », livre auréolé du prix du Quai des Orfèvres 2010. Mais trêve de bavardage. Certains de ses romans sont maintenant édités en livre Kindle.

Découvrez un peu mieux cet écrivain pas comme les autres qu’est Gilbert Gallerne.

 

1.Merci Gilbert Gallerne d’avoir accepté cette interview. Vous avez été lauréat du Prix du Quai des Orfèvres 2010 avec « Au pays des ombres », mais l’écriture et vous, c’est une histoire d’amour qui dure depuis plusieurs dizaines d’années. Quel regard portez-vous sur votre parcours et l’évolution de votre style ?

 

Honnêtement, je dois dire que je suis assez satisfait. Tout au long de ma carrière littéraire, j’ai regretté de ne pas pouvoir écrire à plein temps. J’avais un métier qui me prenait toute la semaine et je devais me contenter des week-ends et des vacances pour écrire. Aujourd’hui, avec le recul, je constate que ceux qui ont débuté en même temps que moi et ont eu la « chance » de vivre de leur plume n’ont pas produit beaucoup plus, ou bien ont dû se compromettre dans des projets qui n’étaient pas à la hauteur de leur talent. Alors, certes, il y a le regret de n’avoir pas vécu cette vie mais le résultat final est assez honorable pour que je n’aie pas à en rougir. Pas de regrets, donc. Quant à l’évolution de mon style, je suis mal placé pour en parler. Je crois que le fait d’avoir travaillé dans l’horreur et le fantastique pendant plusieurs années m’a donné une possibilité d’évocation qui m’est très utile aujourd’hui. Une éditrice me disait récemment « vous avez un vrai pouvoir d’ambiance » ; je crois que cela vient du fantastique, où il faut suggérer l’indicible avec juste les mots du vocabulaire, sans pouvoir recourir aux artifices que l’on trouve par exemple au cinéma.

 

2.D’où vous vient cette passion pour l’écriture ? 

 

Dès la plus tendre enfance, j’ai voulu être écrivain. J’ai appris à lire très tôt, et j’ai toujours su que je voulais moi aussi raconter des histoires.

 

 « Le lecteur moderne n’a pas la patience, ni le temps, du lecteur du XIXe siècle. »

3.Vous avez toujours été un adepte de l’histoire qui démarre tambour battant, du moins est-ce ainsi que vous le décriviez dans votre livre « Je suis un écrivain ». Avez-vous changé votre approche du premier chapitre accrocheur ?

 

Non. Bien au contraire. Le lecteur moderne n’a pas la patience, ni le temps, du lecteur du XIXe siècle. Il zappe en permanence et il est très difficile de le conserver jusqu’à la fin d’un livre. Il faut absolument l’agripper dès les premières pages – je dirais même dès les premières lignes – si on veut qu’il reste. Cela pose parfois un problème de construction : j’ai un roman en projet, qui ne démarrera véritablement qu’à la fin du premier tiers. Il va falloir que je trouve comment agripper le lecteur avant cela, sinon personne n’ira jusque-là. Je crois que je vais recourir à la technique du flash-back pour distiller ce premier tiers tout au long du roman. Je ne sais pas. C’est un vrai problème.

 

 « Je pense que nous vivons une révolution équivalente à celle de l’invention de l’imprimerie. »

4.Dernièrement, j’ai eu le plaisir de voir certains de vos livres réédités en version Kindle sur Amazon. Que pensez-vous de l’évolution du livre et de la mutation qui s’opère avec le numérique ?

 

Je pense que nous vivons une révolution équivalente à celle de l’invention de l’imprimerie. Tout à coup on peut accéder à une diffusion de masse. Et cette fois c’est possible dès le niveau de l’auteur qui n’a plus besoin de passer par les fourches caudines de l’éditeur. Ce n’est pas toujours une bonne chose, parce que beaucoup de livres bénéficient de cette grille de filtrage justement, ne serait-ce qu’au niveau des corrections et de la mise en forme, mais d’un autre côté ma propre expérience avec Dérive, qui avait été refusé par le Fleuve Noir au début des années 80 pour ensuite être accepté avec enthousiasme huit ans plus tard par ce même éditeur (sans parler de Teddy est revenu, refusé par 20 éditeurs avant de se vendre à plus de 35 000 exemplaires en grand format lorsqu’il a enfin trouvé un débouché) montre que le fait qu’un manuscrit ne trouve pas d’éditeur ne signifie pas nécessairement qu’il doit rester dans un tiroir.

 

« Sans parler des pourcentages  ridicules qu’ils proposent aux auteurs, et de cette obstination à vendre le livre numérique quasiment au prix d’un grand format papier »

5. J.K Rowling a elle-même annoncé se lancer dans l’aventure numérique toute seule, au grand dam des éditeurs classiques ? Pensez-vous que c’est l’avenir pour les écrivains qui jouissent d’une certaine notoriété ? 

 

Certainement. La gestion des droits numériques et celle des droits papiers sont totalement différentes et déconnectées. La preuve, c’est que les éditeurs français ne sont toujours pas convaincus par l’édition numérique qu’ils ne savent par quel bout prendre et que leurs tests montrent qu’il n’y a pas de marché !!! Mon expérience personnelle m’incite à croire le contraire. Sans parler des pourcentages  ridicules qu’ils proposent aux auteurs, et de cette obstination à vendre le livre numérique quasiment au prix d’un grand format papier sous prétexte qu’il y a « plus de frais en numériques qu’en édition papier » comme le disait récemment un représentant du syndicat des éditeurs… Ils sont dépassés. L’auteur qui en a les moyens a tout intérêt à gérer lui-même ce type d’édition.

 

6. Vous avez écrit par le passé sous le nom de plume Gille Bergal, qu’est devenu ce nom d’emprunt ?

 

Je l’ai abandonné lorsque j’ai repris mon nom pour mes thrillers. J’étais las d’avoir deux identités, je virais à la schizophrénie… Un seul nom, le mien, pour ma vie personnelle et mes écrits, cela me satisfaisait. Cela dit je ne renie rien de ce qu’a publié Bergal, et je suis d’ailleurs en train de rééditer en e-book (sous Kindle pour le moment) cinq titres signés Bergal.

 

7. C’est sous ce pseudonyme que l’on vous doit des traductions parmi lesquelles nous pouvons trouver Basic Instinct ou Danse avec les loups. Vous adonnez-vous toujours à la traduction ?

 

Non, les traductions étaient un boulot alimentaire dans les années 90. Cela me prenait beaucoup de temps, et le temps est ce qui me manque le plus.

 

 

8.Revenons un peu au début si vous le voulez bien. Vos romans sont parfois violents, voire Gores, ce fut le genre de vos débuts, ou du moins celui qui vous a fait toucher votre premier éditeur. Avez-vous totalement laissé tomber le genre Gore ou bien n’est-ce qu’une question d’envie ?

 

Le Gore, c’était avant tout une opportunité de publication. A l’époque j’écrivais du fantastique et il n’y avait aucun débouché en France. J’avais écrit « Magie Noire » qui ne trouvait pas preneur. Quand j’ai appris que le Fleuve Noir lançait cette collection, je me suis lancé. Ensuite, quand j’ai vu les couvertures, j’ai un peu regretté. Mais bon, c’est devenu une collection mythique. Et puis ces livres étaient amusants à écrire. Et là encore, cela me donne aujourd’hui une latitude dans l’écriture qui est appréciable. Je peux tout me permettre : j’ai déjà fait pire.

 

 « On a vraiment besoin d’agents littéraires en France. »

9.Après toutes ces années, quels rapports entretenez-vous avec les éditeurs ?

 

Des rapports assez distants. Je ne fréquente pas les milieux littéraires. Les éditeurs sont des gens sympa en général, mais les rapports avec eux sont toujours un peu faussés par ces rapports d’argent. On a vraiment besoin d’agents littéraires en France.

 

10.Avez-vous des projets en cours ? Pouvez-vous nous en révéler un peu ?

 

J’ai des tas de projets. Le succès de « Au pays des ombres » qui a remporté le Prix du quai des orfèvres, a fait que j’ai été contacté par des producteurs TV et je travaille actuellement sur plusieurs projets de séries (une option a déjà été signée, d’autres projets circulent ça et là). Cela ne me laisse pas beaucoup de temps pour les romans, mais là aussi j’ai plusieurs projets bien avancés dont un thriller en cours d’écriture. Enfin, j’ai écrit en fin d’année dernière un Poulpe qui sortira en septembre : « Les salauds du lac ». Cela faisait un certain temps que c’était dans l’air, j’ai profité d’un créneau et je me suis bien amusé avec cette histoire. J’espère que le lecteur l’appréciera également.

 

11.Mon site est un site d’auteur qui est aussi visité par des écrivains débutants. Avez-vous un conseil à leur donner ?

 

Jean-Baptiste Baronian m’a dit un jour « C’est dur au début, mais il faut persévérer, même si vous voyez autour de vous des gens qui vont beaucoup plus vite que vous sans raison apparente. On y arrive toujours. » Je le remercie encore pour cet encouragement (par la suite il a publié plusieurs de mes textes, dont deux « crime story » au Fleuve Noir). Il n’y a donc que deux secrets : persévérer, et poser le cul sur une chaise pour marteler son clavier régulièrement.

 

 « Nous sommes tous des poètes, mais ce qui se  vend, ce qui se traduit, ce qui s’adapte, ce sont les histoires. »

12.Je vous laisse le mot de la fin.

 

Nous traversons une période difficile, et les auteurs français trouvent de moins en moins de débouchés. Mais c’est vrai pour tout le monde : la musique est en pleine crise, et les auteurs étrangers de « mid-list » (ceux qui vendent correctement mais ne sont pas des best-sellers) rencontrent les mêmes problèmes. Leur avantage, pour certains (les anglo-saxons et actuellement les auteurs de polars scandinaves) est qu’ils sont traduits partout et vivent correctement des retombées extérieures (cela a permis autrefois à des auteurs comme Philip K Dick de vivre de leur plume alors que leurs ventes chez eux ne leur auraient pas suffi). Les français ne peuvent guère compter sur ce genre de manne pour le moment, mais peut-être est-ce parce que les français se sont plus préoccupés de la forme que du fond ? Nous sommes tous des poètes, mais ce qui se  vend, ce qui se traduit, ce qui s’adapte, ce sont les histoires. Que chaque auteur commence par raconter une bonne histoire, la forme et le style viendront ensuite. Nous vivons dans un monde en pleine évolution, seuls survivront les raconteurs d’histoires.

 

Je remercie encore chaleureusement Gilbert Gallerne pour sa gentillesse.

Si cette interview vous a plu, vous pouvez la partager. Si elle vous a motivé, alors retournez marteler vos claviers ;-)

 

Retrouvez les livres de Gilbert Gallerne sur Amazon en livre Kindle ou en version papier.

 

 

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